Collectif2026 projet

Se souvenir des naufragés de Lampedusa

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Se souvenir des naufragés de Lampedusa

TEXTE : Cécile Debarge - PHOTOS : Camille Millerand - NÉON - Avril 2015

Des milliers de migrants disparaissent chaque année dans la Méditerranée. A Lampedusa, Annalisa fouille les épaves et expose dans son musée les objets collectés pour garder une trace de ces vies échouées.

Sur la route qui longe le port de Lampedusa, les touristes paradent en Jeep Safari, cheveux auvent. Tout près, sur un terrain vague, des carcasses de vieux bateaux de pêche rouillent au soleil. Ce sont ceux que les migrants ont utilisés pour arriver jusqu’à la petite île italienne. Des lettres se détachent sur la peinture écaillée de certaines coques. « Si vous lisez SF, c’est qu’ils sont partis du port de Sfax, en Tunisie, à seulement 200 kilomètres d’ici. » La guide s’appelle Annalisa D’Ancona, 33 ans et quelques tatouages. Quand elle ne travaille pas dans sa pizzeria, elle fouille les cimetières de bateaux comme celui-ci et en ramène des centaines d’objets, qu’elle expose ensuite à Porto M, le premier musée des migrations de Lampedusa.

« M comme mer, migration ou militarisation », explique la jeune femme. « Notre motivation principale est d’aller au-delà des chiffres. Quand on a commencé, on entendait dire à la télévision qu’un millier de personnes étaient arrivées, mais nous, on ne les voyait pas: elles étaient directement récupérées en mer, conduites au centre d’accueil en car, puis on ne savait plus rien d’elles», raconte Annalisa de sa voix rauque. « Explorer les épaves, en quête des objets abandonnés par les migrants, ça a été notre manière de chercher la vérité, pour essayer de comprendre ce que ça cachait.»

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