Collectif2026 projet

"Comme un 8 novembre"

Collectif2026 projet
"Comme un 8 novembre"

Le soleil se lève sur la medina de Marrakech. Au dessus d’elle, un ciel orange, qui serait beau s’il n’y avait pas cette nouvelle venue d’outre-Atlantique. Une nouvelle bizarre, qui éteint tout ce qu’elle touche, comme un vent très froid.

Place Jemaa el-Fna, un petit groupe de gens badgés monte dans une des navettes à destination du village Bab Ighli, sorti de terre en quelques mois à l’occasion de la COP22.

L’homme chargé de vérifier les accréditations demande amicalement : « Sénégalais ? Mauritanien ? ». « Guinéen » répond un homme. À vue d’œil se côtoient dans ce bus plein une vingtaine de nationalités.

Ma voisine, qui est indienne, a récemment déménagé aux États-Unis. Elle rit de ce mauvais timing, précisant du même souffle qu’elle pourrait bien déménager à nouveau. « Si Trump sort du traité de Paris, et ce n’est pas sûr qu’il le fasse, ça prendra trois ou quatre ans pour que ce soit effectif », assure t-elle, faisant référence à la date d'entrée en vigueur de l’accord (novembre 2019) et au délai prévu pour en sortir une fois l’accord dénoncé (un an après l’entrée en vigueur).

«  Et s’il est réélu ? », je demande.

« S’il est réélu, Paris est mort ».

Au sein de la délégation américaine, c’est la panique. Renseignements pris, il n’y aura pas de communication officielle sur l’élection de leur part. Dans les panels, les intervenants américains se font parfois tancer pour avoir prononcé les noms de Clinton, ou du « president-elect ».

La rumeur court que Trump va annoncer la sortie du traité de Paris dès son intronisation, en janvier prochain. Des conférences de presse sont annulées dans la foulée. Les habitués des COP, inquiets, veillent.

Un dimanche sans conférence, je vais voir les jardins Majorelle. Leur beauté m’accable. Tandis que le monde consomme, se reproduit, et expulse du CO2 à toute vitesse, les palmiers se balancent, indifférents au tapage des hommes, dans la lumière de la fin du jour.

Ils ont bien raison de rester tranquilles. Ce n’est pas leur survie qui est en jeu. C’est la nôtre.

I.M.